Est ce que ça va aller?
Je t'aimais alors que tu étais à côté de moi parfois et ailleurs plus souvent.
T'aimer, c'était vouloir t'apprivoiser sans faiblir. Etouffer ce cri d'enfant qui jaillit du fond de moi, te réclamant et te blâmant, puis le maquiller d'un sourire faux et d'un regard feint. Avoir peur de te perdre jusqu'au point de ne plus avoir peur, jusqu‘au point de te laisser être, de ne pas t‘enfermer. Tu existais sans moi, riais sans moi et dormais sans moi. Je ne t'interdisais pas de te retourner sur une autre, ou de la désirer plus que moi.
Je t'aimais à en respecter ton égoïsme, ton indifférence et ton intégrité, à en accepter de te prendre comme tu es sans creuser plus loin. Sans appréhender le jour où tout me reviendrait dans la face. Tu étais à la fois mon héros lâche et mon enfant courageux. Responsable de tout, mais n'assumant rien.
Je ne voulais pas démêler ma boule de laine. Parce que je l'aimais comme elle était, avec tout ses nœuds et ses secrets. Je voulais jouer avec comme ferait un chat sans jamais essayer de trouver le bout du fil. Pourquoi sortir sa tête du sable alors qu'on se sent bien dedans ?
Je t'aimais selon tes règles du jeu. En tolérant tes silences interminables, tes phrases non terminées, tes tentations et sollicitations enfantines qui ne finissaient jamais.
Je t'aimais avec des papillons dans le ventre à chaque fois que tes doigts me frôlaient. J'aurais voulu capturer ces moments et puis combler avec tout ce vide que tu as laissé après toi. Mais tout ce dont je me rappelle aujourd'hui c'est que tu étais là un jour. Le seul instant précieux est celui où tu t'attardais sur ma chute de reins et ton regard en cet instant comptait plus que tout.
Je t'aimais sans pouvoir te garder ni te retenir. En vivant avec cette attente fébrile qui a surgi en même temps que toi. En avancant dans ton brouillard avec des pas indecis et légers comme pour ne pas réveiller le destin qui me guettait au tournant. Je t'aimais conciliante, crédule, complaisante.
Et puis un matin, te voir partir comme tu étais. En me laissant des bouts de ta voix, de ton goût et de ton odeur en patchwork indélébile.
Et ce soir, quand les deux yeux fermes tu respires son odeur à elle, et que c'est dans ses cheveux que tu te perds, est ce que ça va aller ?
A présent que je ne t'attends plus, maintenant que je sais que tu ne rentreras plus, est ce que ça va aller ?
Que dirais je ce soir en rentrant à celle qui m'attend moi, à celle à qui j'ai fait du mal ? A celle qui aujourd'hui je fuis du regard ? Que lui dirais je après tout ce que je lui ai promis ? Elle que j'ai de plus cher. Que lui dirais je après lui avoir pris ses rêves? Elle qui a perdu cette lueur qui éclairait son regard ? Que lui dire après l'avoir entrainé dans les galeries sales de mes desirs charnels ? Que lui dire alors qu'elle en est revenue meurtrie? Comment lui dire que je me suis encore une fois trompée? Comment dire à cette petite enfant qui est en moi que je suis tout simplement...désolée...
Par Rosielles, Lundi 17 Decembre 2007 à 15:25 GMT+4 dans Mes mots, ma thérapie (article, RSS)





